November 12, 2014

A la veille du COP 21, à Paris, il est temps de se poser la question du rôle des institutions publiques notamment dans le cadre des échanges Nord- Sud. Une conférence sur l’innovation Nord-Sud à Bondy, dans le cadre de BOND’INNOV née sur une initiative du sénateur Gilbert Roger conduit à identifier le décalage entre les discours officiels, les pratiques institutionnelles et les besoins de développement. 

 

L’aide au développement se fait traditionnellement par la distribution de subventions ou d’aides aux gouvernants et aux projets portés par les grands groupes du CAC 40. Comme le disait justement Bernard Giraud, président de Livelihoods et ancien directeur du développement durable de Danone : « les industriels n’ont pas besoin de se faire financer une nouvelle usine de produits  laitiers, ils savent la financer par eux-mêmes, mais ils ont besoin de donner les moyens aux 1000 éleveurs, qui produisent pour cette usine, d’accéder aux techniques agricoles, respectueuses de l’environnement et soutenables, qui garantissent la qualité et l’hygiène du produit. Bien entendu, ce besoin n’est pas pris en compte et les financements s’en détournent ».

 

Pour les financiers internationaux de projets locaux, la réflexion va dans le même sens. Comme le soulignait Olivier LAFOURCADE, ancien cadre de la Banque Mondiale et Président du Conseil d’administration d’I&P développement financière et technique que les fonds de développement qui brassent des millions ou des milliards de dollars ignorent. Le déplacement pour mettre en place un projet de développement d’un garagiste qui bricole sur un bord de route avec ses trois ouvriers et qui a l’énergie et la capacité de créer 10 à  15 emplois locaux sur son savoir-faire professionnel, doit pouvoir obtenir non seulement les capitaux  initiaux nécessaires mais surtout l’encadrement de management, l’accompagnement d’ingénierie  pour le choix de ses produits et de ses activités, sans créer de nouvelles poches de pollution ou de dégradation de l’environnement. Cela, la coopération institutionnelle ne sait pas le financer ». 

 

La France doit pouvoir abandonner sa vision de grands travaux dont les externalités négatives à effet local, régional et planétaire ne sont plus à démontrer. Elle doit changer de paradigme et apporter un encadrement d’ingénieurs, de consultants, d’hommes et de femmes capables d’apporter, à peu de frais, les modes d’organisation, les principes de gestion et les anticipations dont le Sud a besoin. Cela devrait permettre la mise en place du principe bien connu du « penser global pour agir local ». Mon expérience récente de l’Afrique m’a démontré que les besoins immenses pour les accès à l’eau, à l’hygiène, à la santé et à l’éducation doivent pouvoir être résolus dans une action « Bottom up» et non en distribuant des fonds publics qui se transforment en appartements ou en voitures de collection pour les beaux quartiers parisiens. Ce changement de paradigme suppose une modification profonde des pratiques culturelles de financement du développement. Si l'engagement des 1% des budgets nationaux affectés au développement des pays en voie de développement est depuis bien longtemps oublié, les fonds octroyés pour les projets restent significatifs pour agir dans les pays qui en ont besoin. Même si au demeurant, les fonds octroyés pour les projets de développement dans les pays en Afrique, restent limités aux projets portés par les grandes entreprises affichant une forte rentabilité financière, ils restent insuffisants voire dérisoires au regard  des besoins à court, moyen et long terme et face aux enjeux des 10 millions de jeunes africains qui arrivent sur le marché du travail par an. En complément, les financements locaux s’organisent dans le cadre d’un financement éthique local aidé par les diasporas, ne doivent pas être cantonnés  dans les mécanismes de microcrédit, lesquels restent un système solidaire applicable à certaines communautés et non adapté à toutes, notamment en Afrique. 

 

Or, il ne suffit plus d’octroyer uniquement des fonds financiers, on devrait être en mesure d’apporter aux porteurs de projets locaux des compétences qu’ils ne maitrisent ou dont ils ne disposent pas par la mise en place de structures d’ingénierie efficaces et transverses pour l’encadrement, le conseil et  l’accompagnement ; Ce que, de toute évidence, ne prévoient pas les lignes de financement d’aides au développement. Une autre partie de la réponse peut être obtenue également par le biais de l’entreprenariat social qui se développe au travers des initiatives locales. LA RUCHE INNOVATION est une véritable « success story » d’entreprenariat social. Implantée à Paris, cette structure donne un cadre de travail et d’initiatives à des jeunes diplômés porteurs de projets de développement. 

 

BOND’INNOV doit pouvoir s’appuyer sur de telles structures d’innovations sociales pour combler ce manque d’intermédiation entre les organismes de financement et les porteurs de projets. Fondés sur les démarches ETHICAL & FAIR, l’encadrement professionnel à créer permettrait de réaliser l’équation du sénateur Gilbert ROGER, un emploi créé en France en crée de 3 à 5 localement. 

 

JOHANSON INTERNATIONAL a vocation à créer les conditions de cette intermédiation. 

 

La faisabilité de cette démarche est évidente, les fonds de développement pour les projets d’investissement sont des culs de sac, il s’agit de faire financer l’intelligence et le savoir-faire avec des retombées sociales et sociétales évidentes.

 

Chiche ?

 

Jean HETZEL

 

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